


d'après le roman de Octave Mirbeau
Assurément, Célestine n'est pas une héroïne châtiée. À la fois le cœur sur la main, le calcul derrière la tête et les illusions rassemblées en un bagage peu encombrant, elle sent filer l'âge de l'insouciance piquante et finira elle-même patronne, pas plus tendre que celles dont elle dénonçait la mesquinerie.
Le couple qu'elle désire former avec Joseph, bien plus vieux, pas romantique pour un sou, roublard, peut-être ancien bagnard, peut-être infanticide, assurément cagot, antisémite et antidreyfusard, mais qu'elle a dans la peau, n'est pas non plus vraiment classique.
Mais que voilà un texte éblouissant de vachardise et d'humour, équitablement répartis envers « ceux d'en-bas » et « ceux d'en-haut » ! Mirbeau flirte avec le scabreux comme dans les meilleures comédies boulevardières, avec le réalisme noir d'un Zola, mais d'un geste toujours léger, complice : sauf pour vitrioler la république des « lois scélérates » contre « l'anarchie ».
Paradoxe : ses héros, que la vie a pourtant cabossés, préfèrent l'ordre à la révolution, comme s'il s'agissait de l'ultime étape de leur asservissement. De quoi faire encore réfléchir.
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