


Depuis plus de trente ans, Dana Lixenberg scrute l’Amérique et ses contradictions, photographiant autant ses icônes pop que ses communautés marginalisées. Voici pourquoi cette expo mérite absolument le détour.
Peu de photographes sont parvenus à capturer l’intimité de l’Amérique comme elle. Avec « American Images », à la MEP (Paris Centre), on est frappés par la faculté de Dana Lixenberg à humaniser d’immenses stars et à magnifier d’illustres inconnus. Par ce biais, la rétrospective nous plonge au cœur d’une nation aussi belle que contradictoire.
C’est la première chose qui frappe en parcourant les salles de la MEP : l’incroyable catalogue de célébrités américaines immortalisées par la photographe néerlandaise. En plus de trente ans d’une carrière entamée au début des années 1990, Dana Lixenberg a rencontré tous les plus grands, d’Iggy Pop à Donald Trump, en passant par Whitney Houston et Prince. Et étonnamment, ces figures du show-business américain nous paraissent étrangement accessibles… Une impression rendue possible par la science du détail poussée de l’artiste, qui parvient à créer une vraie connexion entre son sujet et son objectif.
Cette prouesse est également technique : pour chaque portrait, elle utilise un trépied ainsi qu’une chambre de 4x5 pouces, donnant aux images une extrême netteté. Mention spéciale à l’immense photo de Tupac Shakur, prise en 1993, trois ans avant sa mort tragique dans une fusillade à Las Vegas. Son cliché est devenu, par la suite, l’un des plus iconiques de l’artiste.
Bien loin des strass et des paillettes, Dana Lixenberg s’est également employée à photographier les marginaux de l’Amérique. Ce travail occupe une part non négligeable de l’expo. On peut aussi découvrir ses trois projets principaux : « Imperial Courts », qui documente sur plus de trente ans la vie d’un quartier sensible de Los Angeles après les émeutes de 1992 ; « Jeffersonville, Indiana », où elle immortalise les bénéficiaires d’un centre d’accueil pour sans-abris ; et « The Last Days of Shishmaref », mettant en avant la population d’un petit village iñupiat, situé sur une île de la mer des Tchouktches en Alaska, menacée par le réchauffement climatique.
En ressort une série de profils à la fois touchants et poétiques dans laquelle se révèle une facette cachée de l’Amérique : celle des laissés pour compte. À l’inverse des commandes de portraits réalisés pour les grands magazines américains, Dana Lixenberg prend le temps de s’immerger dans les communautés qu’elle valorise, créant ainsi un lien allant bien au-delà du reportage photo. Elle pose surtout un regard libre et différent sur un continent que l’on pense connaître. Riche, variée, surprenante, mais surtout extrêmement touchante, « American Images » remet surtout en perspective notre fascination pour le pays de l’Oncle Sam. Et, à l’heure actuelle, c’est d’une folle puissance politique.
10:00- 19:00