


Chad Ubovich, leader de Meatbodies, se retrouve à un tournant. Après des années de concerts de plus en plus déchaînés devant des foules survoltées, avec un groupe à la composition en constante évolution, la fatigue finit par le rattraper et Ubovich comprend qu’un nouveau changement est à l’horizon.
“C’était comme si la voiture était tombée en panne au milieu de la route, et je savais qu’une longue marche m’attendait.”
Il se retire alors dans les bas-fonds de Los Angeles, à la recherche de sens et d’un nouveau départ. Ubovich s’abandonne à ce monde, néglige son propre bien-être et tente d’oublier ses succès.
“Je vivais comme un vampire des années 90 sorti d’une bande dessinée. Je traînais dans Los Angeles avec des mondains, faisant la fête pour noyer mes peines, en essayant d’oublier.”
C’est à ce moment que Flora Ocean Tiger Bloom commence à prendre forme - un projet construit par un homme en quête de nouveaux départs et d’une redéfinition de lui-même. Après avoir arrêté de boire, Ubovich commence à écrire chez lui et dans différents studios avec son collaborateur de longue date Dylan Fujioka.
La production officielle de Flora débute finalement en 2019, mais l’histoire reste inachevée. Des désaccords avec le studio provoquent des tensions et le projet est interrompu. L’album, à moitié terminé, semble alors abandonné.
Après que les tensions se sont apaisées et de nombreuses discussions sur l’avenir du disque, Ubovich obtient finalement le feu vert pour terminer la production en 2020 - mais un nouvel obstacle survient : la pandémie. Et tandis que le monde se met en pause, l’idée de Flora Ocean Tiger Bloom est elle aussi mise de côté.
Refusant de rester immobile chez lui, Ubovich se replonge dans ses anciennes démos avec Fujioka tout en continuant à écrire pour Flora. De ce travail naît 333, devenu le troisième album officiel de Meatbodies. Pourtant, Flora ne quitte jamais vraiment son esprit, et Ubovich revient encore une fois à l’idée de terminer cet album presque mythique.
Lorsque les restrictions commencent à se lever, il se rend au studio Gold Diggers Sound, accompagné de l’ingénieur Ed McEntee et d’une équipe d’amis et collaborateurs. Ubovich termine alors l’acte final de l’album - mais une nouvelle épreuve l’attend.
Sa maison, où il vivait depuis huit ans, est déclarée inhabitable. Il se retrouve à l’hôpital, où il passe le mois suivant.
Contraint non seulement de réapprendre à marcher, mais aussi à jouer de la musique, Ubovich trouve une motivation dans une tournée à venir avec son groupe FUZZ. Pendant un an, il sillonne la route pour retrouver une forme de normalité.
À son retour de tournée, il se sent recentré et plein d’énergie, prêt à affronter sa baleine blanche : cet album presque perdu.
La mission finit par aboutir.
Installé dans une nouvelle maison et un nouveau studio - The Secret Garden - Ubovich mixe l’album lui-même, fait appel à Brian Lucey (Magic Garden) pour le mastering, et Flora Ocean Tiger Bloom est enfin terminé, cinq ans après les premières démos réalisées avec Fujioka.
“Il s’est passé énormément de choses avec ce disque : il m’a fallu cinq ans, j’ai quitté un groupe, j’avais un problème de drogue, l’album a failli ne jamais voir le jour, la pandémie a failli l’empêcher encore une fois, et à la fin j’ai failli mourir à l’hôpital, j’ai perdu ma maison et j’ai dû réapprendre à marcher. Ça a été tout un parcours, mais je ne pourrais pas être plus fier du résultat. Finalement, ça en valait la peine”, plaisante Ubovich.
Et nous voilà donc avec Flora Ocean Tiger Bloom, un album terminé grâce à une volonté de fer et une détermination inébranlable.
C’est aussi le disque le plus ambitieux, le plus varié et le plus abouti de Meatbodies à ce jour - peut-être même leur meilleur. Une avancée majeure, autant selon les standards habituels que compte tenu de son parcours chaotique. L’album est finalement sorti le 8 mars 2024 sur le label In the Red Records.
Le disque rappelle l’énergie brûlante mêlant Blue Cheer et Iggy Pop avec une touche psychédélique qui caractérisait les sorties précédentes du groupe, tout en ajoutant de nouveaux éléments : shoegaze, rock alternatif classique, Britpop, drone et même des touches de country. Le groupe explore de nouvelles directions sans jamais paraître forcé.
À la fois hommage au punk de Los Angeles des années 80 et à l’essor de la musique indie/alternative au Royaume-Uni, Flora Ocean Tiger Bloom ressemble à une station de radio diffusant depuis le vide cosmique, avec une playlist composée de Pink Floyd des débuts, Ramones, Roky Erickson, The Kinks et Spacemen 3.
Bien que ces références puissent sembler très différentes, Ubovich parvient à créer une trajectoire typiquement Meatbodies à travers les chansons, donnant naissance à une œuvre éclectique mais étonnamment cohérente. Le résultat est un album dont la diversité constitue la force - juste derrière la qualité remarquable de son écriture.
Au-delà des thèmes évidents de rédemption, de réinvention et de résurrection qui entourent l’album et sa création, Flora Ocean Tiger Bloom explore aussi l’amour et la perte, l’évasion, le fatalisme, l’hédonisme, les psychédéliques et bien d’autres choses.
“Le disque précédent était plus une version caricaturale de ce que nous étions - simple et amusante, sans vraiment creuser des concepts plus lourds”, se souvient Ubovich.
“Avec Meatbodies, avant, on ne s’asseyait jamais vraiment pour réfléchir : on passait simplement à la partie suivante. Mais je voulais faire quelque chose avec plus de profondeur. Après tout ce qui s’était passé dans ma vie personnelle, je ressentais un grand vide et une forme de perte. Je voulais donc faire une musique plus basée sur les émotions.”
Présenté par POINT EPHEMERE.
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18:00- 21:00
