


Un ensemble d’installations inédites et de projections permet de comprendre comment le cinéaste filme l'amour en train de se faire : liens entre vitesse et désir – entre le Boléro de Ravel et coeur de l’humanité – la sincérité des regards et les parfums de vérité, le tout accompagné par la présence sonore et visuelle de Claude Lelouch. L'une des 4 expériences sur l'Amour en mouvement de Claude Lelouch à l'Ecole Municipale des Beaux-Arts
Devant l'entrée des Beaux-Arts, la Ford Mustang 184 emblématique du film Un homme et une femme accueille les visiteurs : symbole de la philosophie du cinéaste, la vitesse comme langage du désir, le mouvement comme seule façon d'aimer.
Le cinéma de Claude Lelouch se caractérise par la passion, la sincérité, l’audace – ses histoires d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, la beauté parfois cruelle des hasards et coïncidences.
Ce qui relie tous ces films, c’est une conviction intime : on ne rencontre l’amour qu’en mouvement. Jamais à l’arrêt. L’amour est la récompense de ceux qui osent foncer – en voiture, en fuite, en danse, en musique. Ses personnages sont toujours des êtres en mouvement. Ni super héros, ni super méchants, il aime le quotidien. Le moteur n’est jamais une fin en soi : c’est le courage d’aller vers l’autre. Parce que s'arrêter, pour Lelouch, c'est un peu mourir. Et aimer, c'est d'abord oser foncer vers l'autre.*
Quand on est un homme d'action comme moi, on fonce. On regarde un peu dans le rétro mais pas trop.
Cette idée de foncer aboutira au film Un homme et une femme. A la création de ce 7ème long-métrage, Claude Lelouch désespéré, suite à de multiples échecs cinématographiques, part en voiture de Paris de nuit. La route le mène à Deauville. Au petit matin il voit une femme qui marche sur la plage avec son enfant, une voiture roule vers elle… l’idée de scénario jaillit.
Neuf minutes. Un seul plan-séquence. Paris au petit matin du 15 août 1976, encore endormie et déserte. Une voiture traverse la ville à une vitesse folle — feux rouges grillés, sens interdits ignorés, pigeons envolés en catastrophe place du Tertre. Et au bout du voyage, sur la butte Montmartre : le rendez-vous avec une femme.
Ce court-métrage est peut-être l'œuvre où la philosophie de Lelouch se révèle dans sa forme la plus pure. Pas de dialogue. Pas de récit. Seulement un moteur qui rugit, une ville traversée comme une déclaration d'amour, et la certitude que quelqu'un vous attend. Aucun trucage — il faut arriver à temps avec les 300 mètres de bobines disponibles. Le film est une équation en images : le moteur pulse, l'action démontre, l'amour récompense.
L'amour qui fait perdre la tête, au mépris du code de la route. Celui qui est pressé d'aimer n'est pas sujet à l'accident.
Dans Les Uns et les Autres, Lelouch filme quatre familles — russe, française, allemande, américaine — sur trois générations, de l'entre-deux-guerres aux années 1980. Toutes sont unies par un seul fil conducteur : l'amour de la musique et de la danse.
Le film tout entier n'existe que pour rendre possible sa scène finale : dix-neuf minutes du Boléro de Ravel, chorégraphié par Maurice Béjart, dansé par Jorge Donn sur le parvis du Trocadéro devant deux mille spectateurs. Une mélodie unique, répétée à l'infini, qui monte inexorablement — comme il n'y a qu'une seule histoire humaine, rejouée de génération en génération avec la même urgence amoureuse.
J'ai écouté mon film avant de le voir, et j'ai réalisé l'importance du Boléro. Il allait être au cœur du dispositif, puisque c'est le cœur de l'humanité qui bat dans le film.
Jorge Donn n'était pas un grand technicien de la danse. Mais il avait mieux : une présence absolue, une authenticité qui traversait l'écran. Exactement le « parfum de vérité » que Lelouch traque depuis toujours.
Le Boléro présenté est un second montage de Claude Lelouch réalisé pour le ciné spectacle symphonique qui a eu lieu au Palais des Congrès pour ses 60 ans de carrière en novembre 2022..
Le dernier espace de cette immersion est consacré aux regards. Ce dispositif est conçu et réalisé grâce au concours des apprentis des ateliers de cinéma de Claude Lelouch.
Sur plusieurs écrans simultanés, des fragments de l'œuvre de Lelouch capturent ces secondes où un acteur cesse de jouer et communique quelque chose de vrai. C'est cela, le « parfum de vérité » : ce moment insaisissable où la frontière entre fiction et vie disparaît.
Pour obtenir ces éclairs d'authenticité, Lelouch emploie des méthodes presque clandestines : donner le texte aux acteurs le matin pour le jouer l'après-midi, filmer sans prévenir, tourner en une seule prise dans des lieux réels. La surprise crée la vérité. Le mouvement libère l'émotion.
Il y a une fréquence radio entre les gens qui s'aiment. Mon rôle est de brancher ma caméra sur cette fréquence-là.
Les bandes annonces sont des films à part entière dans le cinéma de Claude Lelouch. Chacun peut choisir la ou les bandes annonces qu’il souhaite voir. Chaque film représente un amour particulier
Lelouch a souvent dit que la vie est le plus grand scénariste. Que ses huit milliards d'habitants donnent huit milliards de scénarios différents. Mais au fond, pour lui, tous ces scénarios racontent la même histoire : quelqu'un qui fonce vers quelqu'un d'autre, avec toute son énergie, toute sa vitesse, tout son amour.
Le moteur pulse. L'action démontre. La musique emporte. Le regard révèle. Et maintenant, grâce à la masterclass, vous le savez de l'intérieur : l'amour à l'écran n'est pas une illusion de cinéma. C'est de la vie captée au vol, par quelqu'un qui a décidé, il y a plus de soixante ans, de ne jamais s'arrêter de courir après elle.
Au bout de tout ce mouvement — au bout de la route de nuit dans Un homme et une femme, au bout de la traversée de Paris dans C'était un rendez-vous, au bout des dix-neuf minutes du Boléro, au bout de votre propre scène improvisée avec lui — il y a toujours quelqu'un qui attend. C'est cela, le cinéma de Claude Lelouch. Un rendez-vous. Et ce rendez-vous, aujourd'hui, c'est avec vous.
Trois secondes de bonheur peuvent justifier soixante ans d'emmerdements.
13:00- 22:00